J'avais dit que j'écrirais un article sur la question des aborigènes... Je me lance. Avant de commencer, je vais juste présenter un peu plus précisément ce drapeau.
Le rouge représente la terre, le noir en haut représente le peuple aborigène marchant sur ces terres et le jaune au centre représente le soleil.
Ce drapeau a tout d'abord été un symbole de la lutte des Aborigènes pour la récupération de leurs terres, avant de devenir un symbole du peuple aborigène en Australie (Il a été
créé en 1971 par un artiste aborigène, Harold Thomas). En 1995, il sera finalement reconnu officiellement comme l'un des drapeaux de l'Australie.
Il flotte aujourd'hui en haut de nombreux batiments australiens aux côtés de l'autre drapeau officiel.
Je ne sais pas trop par où débuter, donc on va commencer par le début. Les Aborigènes (du latin "ab origin", à l'origine... je vous cale même du latin. Vous voyez, je me fous pas
de votre gueule) sont les premiers humains à avoir peuplé le continent australien.
La plupart des hypothèses s'accordent sur le fait qu'ils sont arrivés sur le continent, il y a 40,000 à 70,000 ans (le plus vieux squelette retrouvé date de 40,000 ans). La
population aborigène n'est pas une entité mais est composé d'une multitude de communautés dont les coutumes, les pratiques et le mode de vie varient énormément. Par exemple, plus de 200
langages/idiomes sont toujours utilisés aujourd'hui. Quand, les colons britanniques sont arrivés en Australie, il y avait près de 750,000 Aborigènes sur le territoire.
La colonisation britannique a commencé à Sydney en 1788 et plus précisément à Botany Bay où débarque la First Fleet (soit 18 ans après que le Capitaine Cool ait débarqué à Botany
Bay, légèrement au Sud de Sydney, le 19 avril 1770). La première conséquence de ce débarquement est une vague d'épidémies pour les Aborigènes. Ensuite, les colons se sont appropriés les terres et
les ressources et pour finir, de nombreux massacres eurent lieu. Si on additionne tout ça, il en résulte une diminution de la population aborigène de près de 80% entre l'établissement des colons et
la fin du XIXème siècle. Peu à peu, les Britanniques se sont appropriés toutes les terres. Certains Aborigènes se sont adaptés à la vie avec les Britanniques en travaillant dans les champs ou en
trouvant la plupart du temps du boulot "manuel". Mais les atrocités continuaient, je vous laisse la citation qui parle d'elle-même
"The white station owners would go on regular hunts for Aborigines. 'Instead of having a kangaroo hunt, we'll have an Aboriginal hunt' "
Charles Perkins, Order of Australia, Official Biography. 'A bastard Like Me'
A part les tribus qui vivaient à l'intérieur du territoire (dans l'outback), les autres sont devenues dépendantes des colons. Par ailleurs, au XIXème siècle, des théories se
développent affirmant que le contacts entre colons (race supérieure) et aborigène (race inférieure) amène par sélection naturelle à la disparition de cette dernière. Le nombre croissant de métisses
est alors perçu comme une menace à la "pureté de la race blanche" et une entrave au processus d'extinction "naturelle" des Aborigènes (ce qui était le but à l'époque).
Du coup, en 1869 est créée une loi qui autorise le gouvernement à saisir les enfants métisses pour assurer leur bonheur en les plaçant dans des famille blanche. Ces "enlèvements"
auront lieu de 1869 à 1969 environ et sont aujourd'hui une plaie béante dans l'histoire de l'Australie.
On estime qu'au début du XXème siècle, il ne restait plus que 150,000 à 190,000 Aborigènes. Ce n'est finalement qu'à partir de 1962 que les Aborigènes récupèrent un statut plus
convenable, notamment en recevant le droit de vote pendant les élections qui pouvaient avoir lieu dans le Commonwealth. En 1992, la Cour Suprême Australienne déclare que le concept de "terra
nullius" qui désignait l'Australie avant l'établissement des colons britanniques n'était plus valide (avant cela, la loi ne reconnaissait pas non plus le statut de "Natifs" aux Aborigènes).
En 1997, un rapport intitulé "Bringing Them Home" révèle que les enfants aborigènes enlevés avait l'interdiction de parler leur langue pour les couper de leurs racines. Les
familles devaient juste leur donner suffisament d'éducation pour pouvoir en faire des travailleurs manuels ou des domestiques. Le rapport montre aussi que tous ces enfants ont eu un taux
d'éducation plus faible, un taux de chômage plus élevé et un taux d'incarcération trois fois plus élevé que les enfants aborigènes qui ont pu rester dans leur famille.
En 1998 est créée une journée nationale du pardon. Un an plus tard, une motion est adoptée par la Parlement, exprimant son "profond et sincère regret au sujet des enfants
aborigènes qui ont été enlevés à leurs parents". Le premier ministre John Howard affirmera que ces enlèvements sont le chapitre le plus sombre de l'histoire du pays, en refusant tout de même de
demander pardon aux Aborigènes au nom de l'Etat australien (notamment de peur de devoir accorder des compensation financières aux familles détruites).
En décembre, l'année dernière, le premier ministre Kevin Rudd promet de formuler des excuses officielles aux Aborigènes. En Australie, tout le monde se demande la forme que vont
prendre ces excuses et si elles vont être à la hauteur. D'après ce que j'ai pu comprendre dans les journaux, les gens se demandaient vraiment comment cela allait se passer. Finalement, il y a deux
mois, le 13 février, Kevin Rudd présente ses excuses aux aborigènes lors de la cérémonie d'ouverture de la séance parlementaire Canberra.
Pour ceux que ça intéresse, je rajoute quelques vidéos :
La cérémonie de bienvenue traditionelle tenue dans le Parlement (ce qui était une première) la veille du discours de Kevin Rudd :
Le discours de Kevin Rudd lors de l' "Australian National Sorry Day" :
Je finis en ajoutant juste ces deux photos que j'ai prises dans la rue. La première a été tirée à Surry Hills, quartier plutôt chic. Ca a été écrit dans le ciment sur le
trottoir avant que celui-ci ne durcisse. La seconde a été prise à Redfern, le quartier où vivent beaucoup d'Aborigènes, il s'agit d'une fresque sur ce thème de la réconciliation et de la prévention
contre la drogue et le SIDA faite par des artistes aborigènes:
We are 1 people so why are divided
"SAY KNOW": Le centre de la fresque qui doit faire une vingtaine de mètres
Une des extrémités de la fresque
On croise souvent (enfin relativement) ce genre de petits trucs dans la rue. On sent que la volonté de réconciliation existe quelque part et que l'Australie veut vraiment panser
cette plaie dans son histoire. Après la plupart des Australiens aiment pas trop les aborigènes qui vivent un peu au crochet de la société (avec les aides et tout ça). Bon, je peux pas dire quel est
l'avis général mais en tout cas, tout le monde pense pas la même chose.
C'est une des grosses différences que je ressens par rapport à la France, ici. C'est un pays qui est encore en train de se construire... Ou tout du moins qui a encore des choses
à régler avec son histoire. (C'était peut-être pareil en France, il y a quelques années avec toutes les histoires de colonies ou l'Algérie, mais je m'y intéressais sûrement pas suffisament)
Et en vrac:
- Si quelqu'un trouve ce qui m'a inspiré le titre, je trouverai une récompense pas encore bien définie
- J'ai cassé mes chaussures...Sniff !
Il était question pendant les élections présidentielles de présenter des excuses nationales à l'Algérie, mais les 2 candidats (Ségo et Sarko) avaient jugé ça superflu. Perso je pense qu'on devrait en faire, mais ça n'engage que moi !
Sinon je dirais que le titre fait référence aux 3 couleurs du drapeau, rouge (grenat), jaune (or) et noir (jais)... Mais la référence précise je vois pas !
Sinon, c'est ce qu'il me semblait pour l'Algérie, l'idée était vaguement évoquée mais bon rien de bien méchant.
Pas mal pour l'analyse du code couleur mais c'est évidemment un truc plus précis